
Une évolution au fil des siècles
L’histoire du luxe, qui s’étend sur plus de 5 000 ans, témoigne de l’évolution des goûts et des valeurs sociales, depuis l’Égypte ancienne jusqu’aux grandes marques contemporaines.
Le terme « luxe », provenant du latin luxuria, désigne un mode de vie caractérisé par des dépenses somptuaires et superflues, visant à s’entourer d’un raffinement prestigieux. À l’opposé des nécessités vitales, le luxe s’inscrit dans une recherche d’ostentation et d’embellissement de l’existence. Un produit de luxe évoque ainsi une qualité exceptionnelle, une rareté, souvent confondue avec un caractère flou, soigneusement entretenu par les entreprises.
Dès l’Antiquité, le luxe se manifestait par des objets précieux. Dans l’Égypte ancienne, pharaons et élites utilisaient bijoux et parfums, symboles indiscutables de pouvoir et de statut social. Les découvertes archéologiques attestent que même à cette époque, le désir d’embellir la vie avec des articles raffinés était omniprésent.
Le véritable apogée du luxe en France se produit sous le règne de Louis XIV au XVIIe siècle avec la création de manufactures royales, telles que celles des Gobelins, posant les bases d’un savoir-faire sans égal. Ce siècle, souvent appelé le « siècle du luxe », établit la France comme un leader mondial dans ce domaine. Les maisons de couture, notamment celle de Charles Frederick Worth au XIXe siècle, révolutionnent la mode en introduisant des défilés et des collections saisonnières.
Gilles Lipovetsky, philosophe français, note que le luxe d’antan était synonyme d’ostentation et de prestige, un domaine réservé à une élite. Toutefois, cette notion ne correspond plus tout à fait aux sociétés modernes. L’anthropologue Nicolas Chemla souligne que « le luxe est une démesure qui élève l’homme à un registre passionnel », tandis que le sociologue Frédéric Monneyron le décrit comme un reflet des évolutions sociétales et des désirs persistants.

Le luxe n’apparaît généralement pas sous une forme unique; il est souvent lié à une certaine profusion. Voltaire, dans un exemple célèbre, affirme que « le superflu est une chose très nécessaire ». L’écrivain devient ainsi un ardent défenseur du luxe, considérant l’activité commerciale comme un substitut au fanatisme religieux. À travers ses lettres, il introduit une défense du luxe, établissant une base pour une nouvelle société commerciale.
Pour Mandeville, le luxe est intrinsèquement lié à l’orgueil humain, étant un moteur de prospérité sociale. Dans « La Fable des abeilles », il explore les dualités du luxe, affirmant que la simple vertu ne suffit pas; la richesse et le superflu sont des moteurs de réussite.
En France, l’émergence d’une véritable tradition du luxe est liée au développement de la culture du mûrier pour la soie au XVIIe siècle, notamment sous Henri IV. Sous Louis XIV, le ministre Colbert institue de grandes manufactures, renforçant Paris comme la « capitale du luxe ». Les marchandes de mode, figures clés de cette époque, établissent un lien entre producteurs et consommateurs, diffusant sans relâche de nouvelles tendances.
Au tournant du XIXe siècle, des marques emblématiques comme Cartier, Hermès et Vuitton émergent, revendiquant pour la bourgeoisie un droit au luxe autrefois réservé à la noblesse. Charles Frederick Worth introduit la haute couture, mêlant rêve et mystère.
La tradition du luxe, bien ancrée en Europe, s’exporte au XIXe siècle vers le Nouveau Monde. Aux États-Unis, le luxe devient un symbole de réussite et d’achèvement d’un processus de civilisation, se manifestant à la fois dans l’architecture des bâtiments emblématiques et dans le style de vie.
En Asie, le Japon, côté aristocratique, et la Chine, axée sur des cultures et des marques émergentes, développent leur propre vision du luxe, souvent détachée des influences occidentales au XXIe siècle.

Le luxe, véritable moteur de l’économie, s’exprime dans divers domaines — mode, gastronomie, hôtellerie — et s’accompagne d’une quête de qualité. Comme l’écrit Denis Diderot, « sans un immense superflu, chaque condition se croit misérable ». Le secteur du luxe connaît un dynamisme constant, avec une croissance annuelle de 5 % depuis plus de trois décennies, atteignant un chiffre d’affaires mondial de 850 milliards de dollars.
L’histoire du luxe est un récit fascinant qui continue de se jouer au fil des siècles. De l’Antiquité à nos jours, le luxe reste un miroir des aspirations humaines, une quête de beauté et de raffinement qui transcende le temps et les cultures. Dans un monde en constante évolution, il demeure un symbole de réussite et d’expression personnelle, révélant l’importance d’une identité unique au sein d’une société vaste et complexe.